LE SAVOIR FAIRE
Source de pouvoir et
d’enrichissement…mais attention aux imperfections !
L’expression
« savoir-faire » est empruntée au vocabulaire américain de la propriété
industrielle : le know how.
Le
« savoir » est une source de pouvoir et d’enrichissement pour son détenteur qui
ne prend sa pleine valeur que lorsqu’il conduit à une action. C’est alors qu’on
parle de savoir-faire qui allie la connaissance à l’action.
Restituons la notion en
comparaison de notions voisines :
Savoir-faire et
brevet : Différence quant à l’application
Les
deux systèmes sont complémentaires car la protection par brevet suppose la
divulgation de la technique concernée et la protection en tant que savoir-faire
suppose qu’il soit matériellement possible de garder l’invention secrète,
notamment en cas de commercialisation.
Bon à savoir : Celui qui a révélé ses secrets techniques dans
une demande de brevet publiée ne peut plus invoquer leur protection en tant que
savoir-faire. La voie du dépôt de brevet fait tomber les connaissances dans le
domaine public et détruit leur caractère secret.
Le savoir-faire ne saurait donc être
à la fois secret et breveté.
Savoir-faire et secret de fabrique :
Différence quant au contenu
Le savoir-faire se
distingue du secret de fabrique plus par son contenu que par ses
caractéristiques qui sont très proches. En effet, le secret de fabrique ne peut
avoir pour objet qu’un processus industriel de fabrication alors que le
savoir-faire peut intéresser tous les secteurs d’activité de l’entreprise comme
la fabrication, commercialisation des produits et services (l’expression de
savoir-faire commercial est parfois utilisée) et plus largement la gestion de
l’entreprise.
Une définition du
savoir-faire s'effectue par la mise en avant de ses caractéristiques.
Selon une définition
générale, le savoir-faire consiste en un ensemble de connaissances techniques,
transmissibles, non immédiatement accessibles au public et non brevetées,
ensemble de connaissances donc pour lequel une personne serait disposée à payer
pour y avoir accès.
Le savoir-faire a donc
comme caractéristiques essentielles d'être :
transmissible,
secret (non immédiatement accessible au public)
non breveté,
à valeur marchande.
Bon à savoir :
Tout contrat de franchise
comporte l’obligation pour le franchiseur de transmettre un véritable
« savoir-faire » au franchisé.
Le savoir-faire dans
les contrats de franchise vu par les règlements communautaires
C’est
le règlement CE d’exemption spécifique aux accords de franchise du 30
novembre 1998 n°4087/88 qui a donné une définition complète du savoir-faire
dans les contrats de franchise : « Un ensemble d’informations pratiques non
brevetées, résultant de l’expérience du franchiseur et testées par celui-ci,
ensemble qui est secret, substantiel et identifié. » (Définition reprise par
le règlement du 22 décembre 1999)
·
Le caractère « substantiel » du savoir-faire est essentiel. Il doit être
original (pris non au sens premier du terme mais au sens de 'non
immédiatement accessible au public non initié') et consister en des procédés ou
méthodes que le franchisé n’aurait pu découvrir par lui-même sans effectuer des
recherches personnelles, longues et coûteuses.
Le
règlement communautaire d’exemption générale des accords verticaux du 22
décembre 1999 définit le terme substantiel comme signifiant que « le
savoir-faire doit inclure des informations indispensables pour l’acheter aux
fins de l’utilisation, de la vente ou de la revente des biens ou des services
contractuels. »
·
Le savoir-faire doit être secret ou tout au moins « non immédiatement
accessible au public. »
Le
règlement CE du 22 décembre 1999 précise que « secret signifie que le
savoir-faire dans son ensemble ou dans la configuration et l’assemblage précis
de ses composants, n’est généralement pas connu ou facilement accessible. »
· Le savoir-faire
doit être « identifié » sous forme écrite. Il doit être décrit
d’une façon suffisamment complète pou permettre de vérifier qu’il remplit les
conditions de secret et de substantialité.
Bon à
savoir : La description du savoir-faire n’apparaît pas obligatoirement
dans le contrat de franchise. Ce serait trop long et d'ailleurs tel n'est pas
l'objet du contrat qui est un cadre des relations et non un exposé détaillé du
contenu des savoirs à mettre en oeuvre. Dans la majorité des cas, le franchiseur
fournit au franchisé un manuel d’instruction (« bible de la franchise ») dès la
conclusion du contrat.
Le
franchiseur doit communiquer son savoir-faire au franchisé au moment de la
formation du contrat et aussi tout au long de son exécution car le savoir-faire
a un caractère évolutif et dynamique.
Selon le
Code de déontologie européen de la franchise applicable en France « le
franchiseur garantit au franchisé la jouissance d’un savoir-faire qu’il
entretient et développe » : le franchiseur doit améliorer les connaissances
techniques initialement transmises au franchisé et surtout il doit modifier ces
connaissances lorsque l’évolution du marché et de la concurrence l’imposent.
• Les obligations du franchiseur →
Enseignement par le franchiseur de son savoir-faire. Des clauses peuvent prévoir
que l’obligation se prolongera sur tous les compléments et perfectionnements
conçus pendant une certaine période. L’enseignement du savoir-faire peut
consister dans la remise de documents explicatifs, la documentation de
prototypes, d’échantillons, ou dans une assistance technique directe.
•
Les obligations du franchisé → Paiement de la contrepartie prévue selon des
modalités diverses, obligation d’exploitation du savoir faire dans les
préconisations recommandées, obligations de non exploitation hors du cadre de la
franchise ou après la cessation du contrat (non concurrence) ou encore
obligation de confidentialité (qui s’impose à tout franchisé même si elle n’est
pas stipulée au contrat)
Bon à savoir : Avant la conclusion du contrat de franchise, pendant la
période de réflexion, le franchiseur peut imposer au candidat franchisé une
clause de non concurrence et de confidentialité afin d’empêcher le détournement
de l’idée commerciale transmis pendant la durée du pré contrat.
Comment protéger son
savoir-faire ?
• Protection par enveloppe Soleau → Enveloppe Soleau vous permet de vous pré-constituer une preuve de
création et de donner une date certaine à son contenu.
Attention, elle ne
constitue pas un titre de propriété industrielle. Il existe deux compartiments
afin d’y introduire les éléments que vous souhaitez déposer. Vous ne pouvez y
introduire qu’un maximum de sept feuilles A4 dans chacun des deux compartiments.
Cette enveloppe est
conservée à l’Institut National de la Propriété Industrielle pendant cinq ans,
renouvelable une fois. Cette enveloppe est vendue pour une dizaine d'euros.
(pour plus d’informations voir http://www.inpi.fr)
•
Mécanismes préventifs → Le franchiseur peut protéger son savoir-faire par le
biais des obligations prévues à l’égard du franchisé. Il s’agit de l’obligation
de confidentialité ou de secret dans le contrat passé avec un franchisé
susceptible de profiter de la divulgation et des clauses accessoires prévues
dans le contrat telles que la clause de non concurrence ou la clause de non
affiliation à un réseau concurrent.
- Le
franchiseur aura également intérêt à exiger la restitution de tout document ou
manuel relatif au contenu du savoir-faire.
• Protection civile →
L’atteinte au savoir-faire d’autrui est sanctionnée sur le terrain de la
responsabilité civile, qui nécessite la preuve d’une faute, d’un préjudice et
d’un lien de cause à effet entre la faute et le dommage.
Les cas portant
atteinte :
Utilisation abusive d’un
savoir-faire auquel on a légitimement accédé.
Accès illégitime à la
connaissance.
Espionnage industriel.
- La
faute consistera le plus souvent dans l’exploitation abusive du savoir-faire
d’autrui.
- Il est
fait appel, essentiellement, à l’action en concurrence déloyale (imitation
servile, parasitisme économique, ...)
- L'on
retiendra la qualification de concurrence déloyale s'il est démontré qu’il
existe des actes ou manœuvres dolosifs dans l’exploitation du savoir-faire
d’autrui.
- Enfin, peut constituer
un acte de concurrence déloyale l’exploitation de connaissances acquises lors de
pourparlers contractuels n’ayant pas abouti.
• Protection pénale du
savoir faire → peut être recherché :
- sur le terrain de la
corruption de préposé en vue de la communication de ses connaissances.
(Code pénal, art.177)
- pour abus de
confiance (Code pénal, art.408)
- pour vol, en
cas de soustraction frauduleuse des supports matériels du savoir-faire
(plans, manuels opératoires, listing, piratage de site Internet…)
(Code pénal, art.379)
- pour divulgation de
secret de fabrique (Code pénal, art.418)
Pour
conclure, il s’agit d’un domaine qui a été construit pas à pas par les textes
communautaires et les décisions de jurisprudence, un domaine fragile sur le plan
de la protection, où il faut en permanence collecter, rassembler, valoriser et
protéger par le secret et l'innovation son avance concurrentielle et ses
connaissances.
La
meilleure protection du savoir faire c'est celle de la notoriété de l'enseigne
et du maintien de l'excellence des produits ou prestations visés.
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Nathalie Castagnon
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